Opinion

Opinion. « L’artificialisation des sols sans limites » 

Le 3 février dernier, Geneviève Azam donnait une conférence sur l'artificialisation des sols à la salle des fêtes de Rodez, invitée par la CPTAR qui propose un compte rendu du rendez-vous.

« C’est avec talent et conviction que Geneviève Azam a mis à la portée de tous l’analyse complexe de l’artificialisation des sols sans limites, ce jeudi 3 février à la salle des fêtes de Rodez.

Geneviève Azam invitée par CPTAR : « Vous n’êtes pas seuls »

Geneviève Azam est une économiste toulousaine, mais aussi militante écologiste et altermondialiste de référence, membre du conseil scientifique d’ATTAC et auteur de plusieurs ouvrages. Elle est venue à Rodez sur invitation du Collectif pour la Préservation des Terres Agricoles du Ruthénois (CPTAR) afin de soutenir leur opposition au projet du parc des expositions de Malan au sud de Rodez, dont l’utilité est aujourd’hui contestée et le devenir économique incertain.

Elle a rappelé que l’action de Stop Malan fait partie des nombreuses luttes en France et dans le monde contre des projets d’aménagement écocides. Toujours plus nombreux, associations et collectifs dénoncent ces atteintes à l’environnement. Ces actions prennent des formes très diversifiées où la lutte juridique est devenue un invariant indispensable.

« Ménager » les territoires plutôt que les « aménager »

G. Azam a situé l’origine de l’artificialisation sans limites aux années 1980, avec la mondialisation et la dérégulation, qui ont mis en concurrence non seulement les entreprises, mais aussi les pays et les territoires.

Au lieu de répondre aux besoins des populations, les collectivités sont entrées dans cette compétition mondiale. Sous couvert de désenclavement et d’attractivité, elles disent « aménager leur territoire », mais elles devraient plutôt « le ménager ». Elles multiplient routes et autoroutes afin d’aller toujours plus vite et faciliter la circulation des marchandises ; favorisant l’étalement urbain, toujours plus loin des centres-ville. Elles multiplient les zones d’activité industrielles et commerciales (zone de l’Estreniol, projets à Malan ou ZAC contestée des Portes du Tarn). Sous couvert de développement économique, ces nouvelles zones laissent derrière elles de nombreuses friches industrielles.

Ce modèle qui a commencé dans les métropoles a gagné les villes moyennes, qui veulent être toujours plus attractives que leurs voisines.

© DR

La disparition des terres agricoles

Depuis la crise de 2008, le phénomène de l’accaparement des terres s’est accéléré partout dans le monde. La terre, les sols, sont devenus des biens convoités par des firmes, qui achètent notamment les terres des paysans, qui deviennent alors des salariés agricoles [1].

Au niveau national, c’est un département français de taille moyenne qui disparaît sous la béton et le bitume tous les 10 ans. En Aveyron, près de 60 % de la surface est utilisée pour l’agriculture et presque un tiers est couvert de forêts. Mais ce sont 600 hectares de terres agricoles qui disparaissent tous les ans depuis 2010 [2].

La pandémie a mis en évidence la fragilité d’approvisionnement de nos sociétés : Paris ne dispose que de trois jours de réserves alimentaires. Dans ce contexte, l’autonomie alimentaire devient un enjeu majeur pour chaque territoire. De plus en plus d’agglomérations le prennent en compte : ainsi la ville d’Albi travaille à un projet d’autosuffisance alimentaire.

G. Azam a ensuite évoqué les alternatives : par exemple, des associations travaillent avec la Confédération paysanne sur un projet de « sécurité sociale alimentaire », ainsi que sur la transmission des terres agricoles pour enrayer le phénomène de l’agrandissement sans fin des exploitations.

En effet, les organismes internationaux et les chercheurs du GIEC s’accordent pour dire que l’agriculture industrielle n’est pas la solution d’avenir pour nourrir la planète : l’agriculture paysanne y parviendra. Ainsi, de nombreux jeunes revalorisent la fonction de paysan et sont en recherche de terres.

« Zéro artificialisation nette » en 2050

G. Azam a ensuite présenté la récente la loi « Climat et résilience », qui va intégrer des contraintes dans le code de l’urbanisme, pour atteindre le « zéro artificialisation nette » en 2050 [3]. Cet objectif signifie qu’il faut privilégier la densification et l’utilisation des friches commerciales et industrielles. On pourra cependant continuer à artificialiser à condition de rendre à la nature des friches. Cependant ce mécanisme de compensation est trompeur : détruire un milieu naturel ou agricole se fait en quelques jours, alors que réhabiliter des milieux dégradés prend des dizaines d’années et plus.

G. Azam a terminé en invitant le public à découvrir qu’il existe des « réserves de sobriété », sans toucher au confort et compatibles avec la préservation de la planète.

[1] https://reporterre.net/Des-Chinois-achetent-en-France-des-centaines-d-hectares-de-terres- agricoles [2] http://www.aveyron.gouv.fr/IMG/pdf/1.6.1_etude_agricole.pdf [3] https://www.banquedesterritoires.fr/loi-climat-et-resilience-ce-quil-faut-retenir-des-mesures- de-lutte contre-lartificialisation-des

CPTAR
Collectif pour la Préservation des Terres Agricoles du Ruthénois

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