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Bozouls. Opinion : « Les écologistes disent non à la méthanisation industrielle »

A l’heure où le préfet de l’Aveyron doit réunir le CODERST (Le conseil départemental de l’environnement et des risques sanitaires et technologiques) avant de donner l’autorisation d’exploiter pour le projet d’usine de méthanisation à Bozouls, les écologistes de l’Aveyron se positionnent contre ce projet. Prévue sur 3.5 hectares, cette usine inquiète associations, agriculteurs et riverains. Nous apportons notre soutien à tous celles et ceux qui dénoncent les dérives de ce projet.

Face à l’urgence climatique, nous devons réduire notre consommation d’énergie, car la meilleure énergie est celle qu’on ne consomme pas. Pour cela il faut investir massivement, d’une part dans un grand plan d’isolation énergétique, et d’autre part dans les transports en commun et les mobilités douces, ce qui permettra de réduire, là où c’est possible, des trajets en voiture individuelle.

Mais il faut également investir dans les énergies renouvelables, en trouvant le bon équilibre entre les coûts économiques et environnementaux et l’efficacité énergétique. Ainsi, nous aurons besoin d’une dose de méthanisation dans le mix énergétique de demain, mais pas à n’importe quel prix. Les écologistes défendent une méthanisation à taille humaine, locale, et utile au territoire et à ses habitants. Pour être utile et peu impactante, une unité de méthanisation doit respecter plusieurs conditions :

• Être adaptée à la taille des élevages ou du territoire concerné.

A Bozouls, le projet prévu est déconnecté des besoins du territoire: 260 tonnes d’intrants seront nécessaires chaque jour, soit trois fois plus que les recommandations de l’ADEME, l’agence nationale pour la transition écologique. L’installation est surdimensionnée pouvant accueillir bien plus d’intrants qu’annoncé, ce qui laisse penser que le véritable projet n’est pas celui présenté lors de l’enquête publique.

• S’inscrire sans une approche territoriale et locale, construite avec les habitants.

A Bozouls, le projet suscite une forte opposition, car les dimensions annoncées sont inadaptées au territoire. Les nombreuses approximations sur le projet et l’étude d’impact ont renforcé la défiance des habitants : hauteur de chaudière à 15m sur le permis de construire contre 8 m dans l’étude ; impact environnemental des routes d’accès non pris en compte ; distances parcourues par les intrants et le digestat revus à la hausse ; manque de transparence sur le nombre d’exploitations agricoles entrant dans le projet ; rivière souterraine rayée de la carte…

• Être d’intérêt général et non spéculatif : regroupe de petites exploitations agricoles, des collectivités, des citoyens, des petites entreprises locales.

A Bozouls, le projet BIEVER (composé de EngieBIOZ et Methacausse) laisse, finalement, peu de place aux agriculteurs qui ne possèdent que 36% des parts de BIEVER. Le groupe Engie sera propriétaire à 40%.  Certains agriculteurs se sont d’ailleurs retirés du projet et leur nombre ne semble toujours pas établi.

• La distance parcourue par les intrants ne dépasse pas 10 km.

A Bozouls, les intrants viendront d’un rayon de 30 km, voire plus pour les déchets verts et les biodéchets de l’industrie agroalimentaire non prévus au départ. Le digestat sera distribué dans un rayon de plus de 40 km.

• Ne concurrence pas la production agricole alimentaire: pas de culture dédiée à la méthanisation.

A Bozouls, le projet prévoit d’utiliser des produits agricoles issus de cultures intermédiaires qui ne peuvent être suffisants ni sur le causse Comtal ni en Aveyron et seront importés des départements voisins. Entre le premier projet agricole et le projet industriel présenté aujourd’hui, la part des productions agricoles utilisées a été multipliée par 4. Des champs seront cultivés pour produire du biogaz.

• Ne légitime pas l’agriculture intensive et encourage les pratiques vertueuses (réduction des engrais chimiques et des énergies fossiles).

A Bozouls, la dimension industrielle du projet n’est plus à démontrer. Afin de produire les 260 tonnes d’intrants nécessaires chaque jour, l’usine encouragera l’agriculture intensive et aura recours aux sous-produits de l’agro-industrie. D’autant qu’elle sera mise en concurrence avec les usines de méthanisation d’Argence en Aubrac, Montbazens ou Saint-Rome-de-Tarn.

• Prendre en compte son environnement (ressource en eau, biodiversité, voisinage…)

A Bozouls, le projet présente un risque majeur pour la ressource en eau. Un forage sera réalisé afin de pomper plus de 2200 m3 d’eau par an, alors même que la ressource en eau est déjà très fragile en période estivale. Le projet prévoit également d’utiliser 2000m3 d’eau de pluie par an, ce qui rendra nécessaires des prélèvements supplémentaires dans la nappe phréatique durant les années de sécheresse.D’autre part, qui dit usine, dit potentiel accident industriel, comme on le voit dans plusieurs usines de ce type un peu partout en France. Ce serait une véritable catastrophe sur un milieu karstique comme le Causse Comtal, véritable château d’eau de l’Aveyron aux nombreuses résurgences et où s’alimente la commune de Muret le Château. Les impacts environnementaux, humains et paysagers, la qualité de l’air, la voie verte interrompue par l’accès aux camions ont été négligés.

• Gérer durablement le digestat issu de la production de biogaz.

Sur le Causse Comtal, il serait dangereux d’épandre autant de digestat alors que nous sommes sur un milieu karstique, car il s’infiltrera immédiatement dans les eaux souterraines créant une pollution régulière.
En résumé, le projet de méthanisation industrielle à Bozouls est l’exemple de ce qu’il ne faut pas faire. Compte tenu des nombreuses limites évoquées, ce projet présenterait une efficacité énergétique et climatique limitée. Il se trouverait en concurrence avec les autres usines de méthanisation pour s’approvisionner en intrants mettant en péril son équilibre économique et son fonctionnement. Il est déconnecté de son territoire, ne servant ni les agriculteurs ni les Aveyronnais.

Nous ne sommes plus dans un projet agricole d’avenir et de territoire, nous sommes dans un projet industriel à rebours des enjeux du XXIe siècle. Pourtant, l’argent public contribuerait grandement à son financement. C’est pourquoi nous demandons au préfet de l’Aveyron de ne pas délivrer l’autorisation d’exploiter.

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